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3 questions à Deborah de Robertis

Publié le mardi 25 novembre 2014

Artiste luxembourgeoise, Deborah De Robertis, 30 ans, exposait à l’occasion de la Foire Internationale d'Art Contemporain (FIAC) qui s'est tenue à Paris du 22 au 25 octobre sur le stand de la galerie Massimo Minini son « Miroir de l'origine ». Cette photo inédite est issue de la série « Mémoire de l’origine », série où l’artiste revient sur sa performance au Musée d’Orsay du 29 mai 2014 ( cf. NL n°2 ) qui avait alors fait polémique. Nous l’avons rencontrée.

FIAC 2014 Galerie Massimo Minini / "Miroir de l'origine" ©Deborah De Robertis

 

Pouvez-vous nous expliquer la démarche d’artiste qui est la vôtre ?

Mon travail est une recherche qui porte sur le « point de vue de l’objet du regard », c’est-à-dire le point de vue de celui ou plus souvent celle, qui se laisse voir. Je parle souvent de « l’œil du sexe » . Le sexe étant surexposé dans notre monde contemporain, ce qui m'intéresse c'est de dévoiler le regard que porte ce sexe qu'on expose, le point de vue du modèle, de la muse, de la vierge, de la putain. Mon geste qui pourrait être considéré, à tort, comme « pornographique » nous renvoie à une féminité divine essentielle et ancestrale représentée chez les "Sheela Na Gig" ces sculptures de déesses mères que l'on retrouve dans les églises d'Irlande et qui ouvrent leur sexe pour exposer leur puissance et leur protection. La performance au Musée d’Orsay m’a permis d’en donner un aperçu clair et frontal, d’en définir le cadre. Nombreux sont ceux qui y ont vu de l’exhibitionnisme ou ont questionné la nature « artistique » de cette démarche. Le musée d'Orsay a d’ailleurs, dans

 un premier temps, porté plainte pour exhibitionnisme, plainte qui après de longs débats en garde-à-vue au commissariat, n'a finalement pas été retenue.

A mon sens, c’est un faux débat qui ne sert qu’à sortir mon geste de son contexte. C’est une forme de censure qui vise à nier ce qui est réellement en jeu, à savoir la mise à nu de cette emprise de notre cadre de pensée. Avec ce geste j’ai explosé le cadre du tableau de Courbet en donnant justement à voir ce qui est hors du champ du tableau : une voix, un regard, un point de vue.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur le travail « Mémoire de l’origine » que vous avez présenté à la FIAC et sur la façon dont il a été reçu ?

Pour ce qui est de la réception, j’ai pu constater que les spectateurs avaient connaissance de mon acte du Musée d'Orsay d’où l’importance de cette photo présentée très peu de temps après, à la FIAC, par Massimo Minini un galeriste que j’apprécie tout particulièrement pour son cran. Il s’agit en effet de bien marquer l’inscription de ma performance au Musée d’Orsay dans le champ de l'art. Cette performance, comme je l'avais prévu, a en effet donné lieu à de nombreuses images. La photographie qui était présentée à la FIAC a été prise deux semaines avant la prise de position publique car je voulais m'assurer de conserver mon point de vue avant de m'offrir au regard du spectateur. Par cette photo originale et unique, je reprends en effet la maîtrise du cadrage et donc du point de vue. J’ai aussi fait poser à la FIAC deux gardes du corps qui « m’encadrent » ainsi que la photo, une façon d’instituer le cadre de l’acte de création de cette performance, de renverser aussi le rapport de pouvoir initial puisque j’avais été appréhendée, lors de ma performance, par les agents de sécurité du musée, et de marquer enfin la polarité sexuée de la mise en scène.

FIAC 2014 Galerie Massimo Minini / "Miroir de l'origine" ©Deborah De Robertis

 

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Actuellement je recherche, pour continuer à exercer, une résidence prête à m'accueillir à Paris afin de réaliser un projet cinématographique sur le sexe féminin dans le rap. Je travaille aussi régulièrement au Luxembourg pour ma série de photos. Je m’intéresse à la figure de la vierge et à celle de la Gëlle Fra (NDR : femme en or, ou femme dorée en luxembourgeois). Le Luxembourg est mon point d’ancrage et je crois que ça se ressentira de plus en plus dans mon travail. J'y vois comme une terre vierge à défricher ; le champ des possibles y est vaste et j'en ressens un fort sentiment liberté. Chacune des images que je produis pourrait, sortie de son contexte culturel, être considérée comme transgressive ; une façon pour moi de questionner notre liberté d'expression sans laquelle l'art ne peut exister.  Ma prise de liberté féminine suscite à la fois des réactions enthousiastes et des réactions misogynes démesurées comme cela est souvent le cas lorsqu’une femme prend position en pleine possession de son corps. C'est à cet endroit que se pose dans mon travail la question de la liberté en tant que femme et en tant qu'artiste. De ce fait, le soutien de mon pays est, me semble-t-il, une question d’ordre politique.

Fiac / massimo: © Deborah De Robertis

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