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Le Luxembourg est une idée d'ouverture
Diwan: En tant que chef du gouvernement luxembourgeois, comment décrivez-vous le Luxembourg? Après 17 années à la tête du gouvernement luxembourgeois, quels étaient/sont les plus grands défis et les plus grandes réussites?
Jean-Claude Juncker: Le Luxembourg est ma partie. C'est mon pays. Mais c'est également le pays des autres. Des autres Luxembourgeois. Et des autres Non-Luxembourgeois. C'est un pays que j'aime. Mais cet amour est positif et ouvert. Il ouvre les bras à tous les résidents et à tous les visiteurs du Luxembourg. Car le Luxembourg est avant tout une certaine idée d'ouverture de coeur et d'esprit. Rester ce que nous sommes est avant tout garder cette ouverture régionale, nationale, européenne et humaine tout en étant fier de notre histoire. Le plus grand défi a été de rassembler. Un autre défi a été et est toujours la préparation de l'avenir du pays. C'est mon défi de tous les jours. La plus grande réussite des dernières années est peut-être l'excellente qualité de vie au Luxembourg. C'est une qualité de vie dans la performance économique mais aussi dans la paix politique et dans l'equilibre social. C'est également une qualité de sens. Il faut rendre cette qualité de vie encore plus durable à l'avenir.
Diwan :Pourriez-vous décrire la tripartite pour nos lecteurs et ses objectfs? Pourquoi les négociations entre les différentes parties ont-elles échouées?
Jean-Claude Juncker: La tripartite est une des bases du modèle social luxembourgeois. Le dialogue social et économique entre patrons, syndicats et gouvernement y est institutionnalisé. L'idée de la tripartite est de trouver des solutions concrètes dans un esprit d'équilibre entre compétitivité économique et justice sociale. C'est un élément important de la compétitivité du Luxembourg car elle est un garant de la paix sociale du pays.
Diwan : Les immigrés représentent plus que 42% de la population totale et ce chffre ne cesse d'augmenter. Quelle place occupent-ils au sein de la société luxembourgeoise?
Jean-Claude Juncker: Les immigrés sont ici chez eux. Ils sont une des richesses du Luxembourg. Cependant, leur place dans la société luxembourgeoise n'est pas encore assez importante. Nous avons encore des sociétés parallèles au Luxembourg. Il faut donc rechercher plus d'intersections pour transformer notre société en véritable communauté de communautés.
Diwan : Dans votre discours sur l'état de la nation, vous avez dit que nous avons besoin de plus d'Europe. A quoi faites-vous allusion? Vous avez aussi annoncé des mesures d'austérité. Quelles sont ces mesures et quels domaines vont-ils toucher?
Jean-Claude Juncker: Nous nous trouvons confrontés actuellement en Europe à un danger de renationalisation. Or, nous avons besoin du contraire. Par "plus d'Europe" j'entends un plus grand partage des souverainetés nationales. J'entends un retour aux sources communautaires de l'Union. J'entends plus concrètement le pacte fiscal, le mécanisme européen de stabilité et une éventuelle union bancaire. L'euro est un "plus d'Europe" monétaire. Maintenant, il faut également un "plus d'Europe" politique et économique. Bref, nous devons à nouveau penser avant tout européen dans un esprit de solidarité et de subsidiarité. Quant à " l'austérité ", permettez-moi de vous corriger: je n'ai jamais parlé " d'austérité " mais de consolidation de nos finances publiques. Je ne suis pas en faveur de l'austérité aveugle car elle tue la croissance. J'ai dit lors de mon discours sur l'état de la nation que la consolidation et la croissance sont les deux faces de la même médaille économique et sociale. Concrètement, nous réduisons nos investissements de 125 millions d'euros. L'Etat va construire moins, plus petit et plus fonctionnel. Nous allons également réduire les frais de fonctionnement de l'Etat. Nous faisons des économies de 30 millions d'euros en 2012 et en 2013 via la modulation du système de l'indexation des salaires. Nous réduisons nos frais de déplacement et nos campagnes publicitaires. Nous centralisons l'achat d'énergie. Enfin, le paquet de réforme pour la Fonction publique respecte la neutralité budgétaire jusqu'en 2017.
Diwan: La crise économique frappe tous les pays d'Europe sans exception aucune; même le "prospère" et "riche" Luxembourg connaîtra cette année une récession de presque 1%. Cela signifie accroissement du chômage, augmentation de l'inflation, recherche d'une modération salariale et diminution des dépenses de l'Etat. Le gouvernement luxembourgeois a-t-il un plan pour éviter que ce ne soient pas les composantes les plus fragiles de la société à payer le prix fort de cette crise?
Jean-Claude Juncker: Absolument. Ce seront les plus forts de la société qui payeront le prix fort de la crise. Et le plus fort de tous, c'est l'Etat. C'est donc l'Etat qui va d'abord donner le bon exemple avec une réduction de ses frais de fonctionnement. Mais le Luxembourg restera le pays de la solidarité et envers l'intérieur et envers l'extérieur. Le chômage reste notre première préoccupation. La TVA ne sera donc pas augmentée. Et nous allons même augmenter le salaire social minimum en 2013 tout en essayant de limiter l'explosion des coûts du logement. Enfin, le Luxembourg restera un pays ouvert même en temps de crise.
Diwan : D'après vous, quelles sont les raisons de l'actuelle crise financière que vivent les différents pays européens?
Jean-Claude Juncker: La crise financière fait partie d'une polycrise. Derrière elle se cache une crise morale de nos sociétés occidentales. C'est aussi une certaine crise du capitalisme et de ses dogmes comme la maximisation des profits. Pensez aux krachs de 1987 et de 2000. Une autre raison est la mondialisation accélérée des flux financiers et de l'économie en général. Concrètement, la crise a commencé avec l'effondrement de la banque américaine Lehmann Brothers le 15 septembre 2008. Un autre aspect de la crise actuelle est le surendettement de presque tous les pays industrialisés. Et donc aussi de presque tous les pays de la zone euro. Nous devons réapprendre la simplicité en politique et en société.
Diwan : Votre position de "vétéran" parmi les chefs de gouvernements de l'Europe et plus particulièrement le rôle déployé à la présidence de l'Eurogroupe font de vous un interlocuteur d'écoute et de prestige mais vous expose aussi à des critiques tant de la part de ceux qui aiment un certain laxisme monétaire que de ceux qui préconisent au contraire la rigueur. Le renouvellement de votre mandat montre que votre sagesse, votre équilibre et votre capacité de trouver des compromis vous sont unanimement reconnus. Vous sentez-vous à l'aise dans votre situation ou ressentez-vous une certaine gêne?
Jean-Claude Juncker: Merci d'abord pour vos mots flatteurs. Mais sachez également que je n'étais pas demandeur à un renouvellement de mon mandat comme président de l'Eurogroupe. Je l'ai accepté temporairement afin de garantir la stabilité et donc l'avenir de l'euro. Au niveau de la gêne, la présidence de l'eurogroupe n'est pas une occupation facile. Et sur le plan politique, économique et surtout sur le plan humain. Car, comme au Luxembourg, il faut éviter que les plus fragiles des sociétés du Sud de l'Europe paient le prix fort.
Diwan : Le caractère absorbant de votre tâche de Premier ministre dans un moment difficile et celui également de président de l'Eurogroupe sont pour certains esprits dans le pays incompatible à la longue. Etes-vous d'accord avec cette analyse et pensez-vous à terme de six mois de passer définitivement la main?
Jean-Claude Juncker: Je suis largement d'accord avec cette analyse. Je l'ai dit maintes fois. Je suis en faveur d'un président de l'Eurogroupe à temps plein.
Diwan: Le gouvernement que vous présidez avait déjà, lors de la précédente législature en juillet 2007, officiellement annoncé de conventionner l'islam au vu de la place importante et grandissante dans le contexte religieux et civil de ce Pays. Les membres de l'organe représentatif de la communauté musulmane, "L'Assemblée de la communauté musulmane" ou "Shoura" ont été élus à suffrage universel direct depuis déjà une année, les statuts ont été soumis au Ministre des Cultes et ont fait l'objet de longues et fructueuses négociations au cours des années écoulées afin de tenir compte des observations, suggestions et remarques du service juridique de l'Etat. Nous sommes confiants qu'après la remise du rapport du groupe d'experts, concernant le maintien de l'actuel régime du conventionnement du culte, pourra être signée la convention et entamée la ratfication parlementaire de la loi y afférente. Pensez-vous que ce conventionnement pourra se faire encore pendant cette législature? Pensez-vous qu'une fois conventionné l'islam de Luxembourg et au Luxembourg trouvera sa place parmi les autres religions avec lesquelles, d'ailleurs, des liens d'amitiés se sont tissus?
Jean-Claude Juncker: J'aimerais d'abord féliciter celles parmi les communautés musulmanes du Luxembourg qui ont travaillé à la mise en place démocratique de la Shoura. Celle-ci comble une des lacunes qui ont interdit un conventionnement plus tôt. Nous considérons cet organe comme représentatif de la communauté musulmane du Luxembourg. Malheureusement, il sera difficile sinon impossible, même si je le souhaiterais, d'intégrer encore plus de communautés et mosquées dans cet organe. Cela ferait le plus grand bien à la constitution et à l'intégration de ce que j'appellerais un Islam du Luxembourg, qui trouve sa place et s'intègre dans la société tout en permettant à ses ressortissants de vivre leur croyance dans de bonnes conditions. Tolérance mutuelle, intégration dans la société et liberté religieuse dans le respect de l'ordre public et des traditions de notre société me semblent les mots-clés dans cette approche. Le récent rapport des experts sur les futures relations entre l'Etat et les communautés religieuses et philosophiques fournira la base à un large débat national. Le maintien du système de conventionnement est une des pistes dressées, tout comme leur éventuel remplacement par une loi organique et des règlements qui soit remplaceront, soit seront la base de conventions. Actuellement, l'Islam n'est pas traité comme les autres communautés religieuses qui remplissent les conditions d'un conventionnement. Nous voulons remédier à cela. Cette solution fera aussi partie du débat sur le système même des relations entre Etat et communautés religieuses. Néanmoins, en fonction du temps que prendra une telle discussion qui relèvera aussi du législateur sinon du constituant, il faudra résoudre la question des relations avec la communauté musulmane en temps utile. Ainsi, je pourrais m'imaginer que l'on pourra encore passer ce conventionnement avant 2014. De toute manière, la solution globale, le cas échéant, nouvelle trouvée pour l'organisation des relations entre l'Etat et les communautés religieuses prendra en compte de manière égalitaire la communauté musulmane. L'islam de Luxembourg et au Luxembourg - qui est partie intégrante de l'islam de l'Europe et en Europe - trouvera toute sa place dans notre pays qui est aussi le sien. D'ailleurs, l'islam de Luxembourg a déjà commencé à trouver sa place même sans conventionnement.
Diwan : Plusieurs problèmes auxquels est confrontée la communauté musulmane doivent trouver une solution tel que: la possibilité pour les musulmans décédés au Luxembourg, résidant dans n'importe quelle commune, puissent être enterrés dans le carré musulman soit à Merl où il en existe déjà un, soit aux quatre coins du pays; la possibilité d'utiliser l'abattage rituel pour la viande halal notamment pour la fête célébrant le sacrifice d'Abraham ; la possibilité pour les élèves musulmans de disposer dans les cantines des écoles d'un menu répondant aux prescriptions religieuses; la possibilité pour les femmes musulmanes, qui y sont attachées pour maints motifs, de porter le foulard à l'école et d'être exemptées des cours d'éducation physique lorsqu'ils sont mixtes et notamment pendant les cours de natation; le gouvernement luxembourgeois est-il disposé à trouver des solutions aux questions ci-dessus?
Jean-Claude Juncker: D'abord, toutes les communautés religieuses au Luxembourg doivent respecter l'ordre public, la constitution et les lois. Dans ce cadre, le gouvernement est évidemment disposé à trouver des solutions ensemble. Pour ce qui est des cimetières, la Shoura a récemment contacté le Syvicol, alors que les communes sont responsables en la matière, pour relancer le débat sur un carré musulman dans un cimetière du Nord du pays, en plus de ceux de Merl et Esch. La Shoura a marqué son accord avec une solution régionale du problème. Je pourrais également m'imaginer, dans le cadre d'une solution globale, une certaine tolérance du foulard en classe. Je ne parle pas du voile intégral qui ne permet pas l'identification. Par contre, je vois mal une dispense de principe de certains cours, d'une part parce qu'il existe aujourd'hui des vêtements de sport permettant aux jeunes filles de croyance musulmane de participer aux cours de natation et d'éducation physique, d'autre part parce que certains principes de l'ordre public luxembourgeois doivent être respectés, dont l'organisation de l'école publique, l'hygiène de vie et de santé inhérentes aux cours obligatoires de sports ou la mixité des genres. Je me demande par ailleurs si une séparation ne mènera pas à une ségrégation accrue qui serait contraire à une vie sociale commune.
Diwan: Les musulmans voudraient, le moment venu, pouvoir édifier une vraie mosquée avec les caractéristiques traditionnelles qui soit aussi un centre culturel disposant des infrastructures y afférentes. Ce centre devrait, à l'évidence même, disposer d'un grand espace et pour cette raison aussi être bâti en dehors de la ville de Luxembourg. Les pays arabes, notamment du Golfe, sont de plus en plus présents dans les pays européens et au Luxembourg aussi. Ces pays sont particulièrement attachés à ce que les musulmans résidents au Luxembourg et pour ceux qui, pour maintes raisons, y transitent puissent disposer d'une véritable mosquée. Pour disposer d'une telle mosquée outre les capitaux y afférents il faut disposer d'un terrain conforme. Le gouvernement sera-t-il disponible, comme c'est le cas dans d'autres pays, de mettre à disposition de la communauté musulmane un terrain adéquat avec un bail emphytéotique?
Jean-Claude Juncker: En principe ni I'Etat, ni les communes n'ont compétence pour s'occuper de l'octroi de terrains à des communautés religieuses, de manière que sauf le culte catholique, pour des raisons historiques, les autres communautés même conventionnées doivent trouver des solutions pour leurs lieux de cultes. Pour l'Eglise catholique, les immeubles ont été expropriés en faveur de l'Etat et des communes sous la Révolution française, et sont seulement mises à disposition sur la base du Concordat de 1801. La question du terrain et de la construction d'un lieu du culte ne relève pas des dispositions constitutionnelles et ne peut donc pas non plus être traitée dans les conventions. Je vois donc plutôt la question d'une mosquée et d'un centre culturel islamique, toujours en fonction du débat de principe national qui vient d'être lancé, comme faisant partie d'une négociation pragmatique et consensuelle. Une des solutions envisageables est en effet un bail emphytéotique ou un droit de superficie, à supposer que l'autorité publique concernée a la base légale et la volonté de céder le terrain. Mais sachez que rien n'est plus difficile au Luxembourg que trouver un terrain adéquat. Dans tous les cas, je pense que le Luxembourg serait plus riche avec une véritable mosquée respectant les valeurs humanistes de l'islam. Une telle mosquée pourrait aussi refléter le souci d'intégration de la communauté musulmane. Il faut, enfin, se poser la question de savoir, si, au vu de la composition de la communauté musulmane au Luxembourg, une telle solution " nationale " unique résoudrait toutes les questions.
Diwan : La communauté bosniaque au Luxembourg est particulièrement nombreuse. Les estimations parlent d'environ 12 000. Avez-vous à titre différent une connaissance particulière de cette communauté dont la présence ne date pas d'hier? Avez-vous des contacts avec des associations bosniaques?
Jean-Claude Juncker: Mes contacts avec la communauté bosniaque au Luxembourg sont avant tout de nature interpersonnelle. J'aime la Bosnie-Herzégovine. J'aime surtout la grande et tragique ville pluriculturelle de Sarajevo qui a déjà tellement souffert mais qui reste un modèle historique d'intégration pour l'Europe et pour le monde. Bref, la Bosnie-Herzégovine est partie intégrante de l'Europe. Comme tous les Balkans occidentaux d'ailleurs. Le peuple bosniaque est un peuple qui a beaucoup souffert dans l'histoire. 20 ans après la guerre, c'est peut-être une bonne occasion pour accélérer les réformes démocratiques et pour avancer envers l'Europe.
Diwan : Le gouvernement luxembourgeois a-t-il des contacts suivis avec le gouvernement de la Bosnie et Herzégovine? Envisage-t-il des mesures pour les renforcer (visites d'Etat, des échanges culturels, l'encouragement de jumelages entre les villes)?
Jean-Claude Juncker: Oui, le Luxembourg a des contacts politiques et diplomatiques assez suivis avec le gouvernement de la Bosnie-Herzégovine. Ma dernière visite en Bosnie a eu lieu en novembre 2003. Mais nous avons régulièrement des contacts en marge de réunions internationales à l'ONU ou au Conseil de l'Europe. Nos relations diplomatiques sont actuellement assurées par Mme Sandra Thein, ambassadeur du Luxembourg en Bosnie avec résidence à Luxembourg. Nos relations ont trouvé par exemple une traduction législative avec la convention de sécurité sociale d'avril 2011/2012. Une autre façon de nous engager est la mission Althea de l'Union européenne. Nous finançons également certains projets de déminage. Il est important de consolider le climat de sécurité, de liberté et de droit. Mais nos relations sont encore perfectibles à tous les niveaux. Aussi au niveau culturel. Car le dialogue de nos cultures est très important.
Diwan : Le massacre de Srebrenica est considéré comme le " pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale " et a été qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex- Yougoslavie et la Cour internationale de justice à plusieurs reprises. Le Parlement européen a, en date du 15 janvier 2009, adopté une résolution dans laquelle il demande au Conseil et à la Commission de célébrer dûment l'anniversaire de l'acte de génocide de Srebrenica en soutenant la proclamation du 11 juillet comme journée de commémoration du génocide de Srebrenica. Le gouvernement luxembourgeois envisage-t-il de proclamer le 11 juillet comme journée de commémoration du génocide? Avez-vous pensé de rendre hommage aux victimes de Srebrenica au nom du gouvernement luxembourgeois?
Jean-Claude Juncker: C'est une proposition intéressante. Il faut y réfléchir. Mais même sans proclamation officielle, l'on peut, l'on doit se rappeler du 11 juillet1995 de Srebrenica - six ans seulement après la chute du Mur de Berlin! C'est une nouvelle date de notre tragique histoire commune en Europe. Le génocide de Srebrenica fut une honte et une tragédie pour l'Europe et pour toute l'humanité. Une telle barbarie ne doit plus jamais se répéter. C'est l'idée à la source de la construction européenne. Car l'idée de l'Europe, c'est d'instaurer une nouvelle communauté humaine sans guerre et sans dictature. Dans ce sens, je pense qu'une possible réconciliation avec la Serbie et les Serbes peut aussi passer par l'Europe et sa vision de la personne humaine.
Diwan: Le film sur le Prophète Mohammed p.s.l. a provoqué des manfestations des musulmans dans le monde entier. Que pensez-vous du film sur le Prophète? Pensez-vous que la liberté d'expression est un droit qui est conditionné par le respect de la religion et des valeurs des autres?
Jean-Claude Juncker: Je dois vous avouer que j'ai seulement vu des extraits de ce film. Mais c'est à l'évidence un film islamophobe. En fait, c'est d'abord un film antihumaniste qui ne respecte pas l'autre personne et sa dignité. Maintenant, la liberté d'expression est tout un débat. Dans tous les cas, il n'y a pas de droit sans obligation. Et le respect de la dignité de l'autre personne est une de ces obligations. Cela ne veut pas dire que l'on ne peut pas critiquer une religion ou des autorités d'une religion. Mais il faut toujours le faire dans le respect des personnes.
Diwan: Quel est votre message aux immigrés en général et plus particulièrement aux bosniaques?
Jean-Claude Juncker: Le Luxembourg est une société ouverte et un pays accueillant. Vous enrichissez la nation luxembourgeoise de l'extérieur et de l'intérieur. Cela est particulièrement vrai pour la grande culture bosniaque. Vous faites partie de nos communautés de communautés. Nous avons besoin de vous. Il est important de transcender nos sociétés parallèles pour dialoguer. Car avant d'être des Luxembourgeois ou des Bosniaques, nous sommes des Européens et des hommes et des femmes libres et intégrales.
Diwan: Nous vous remercions et vous souhaitons plein de succès dans votre tâche si importante et délicate et attendons de savoir comme tous Luxembourgeois si vous vous présentez aux prochaines élections législatives?
Jean-Claude Juncker: C'est une décision que mon parti, le CSV, va prendre en temps utile. En ce qui me concerne, je suis prêt à me présenter à nouveau pour les législatives de 2014. Car les défis sont grands au Luxembourg et en Europe également.
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